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Interview de
Gérard Grunberg
Directeur de recherche CNRS au CEVIPOF
23 avr 2007 - Gérard Grunberg tire les principaux enseignements des résultats du 1er tour. Effet « vote utile », scores massifs de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, impact du score de François Bayrou, tels sont les principaux points qu'il aborde.
 

Premier tour : une plus grande confiance dans le politique qu'on ne le croyait

Que dire du fort taux de participation (de près de 85%) ? A qui cela a-t-il profité ?

Une plus grande confiance dans le politique

Nous avons vu monter le taux de participation tout au long de la journée de dimanche. Cette campagne a beaucoup intéressé. Cela s'explique pour plusieurs raisons : la première concerne l'inquiétude des Français ; la seconde, c'est que, contrairement à ce que certains disaient, il n'y a pas une désespérance totale du politique - les gens savent que ce sont les politiques qui vont régler les problèmes. Il y a une plus grande confiance dans le politique qu'on ne le croyait. En tout cas, le fait qu'ils aient voté majoritairement pour de grands partis révèle que les Français ne croient pas vraiment que leurs problèmes vont être résolus par les candidats périphériques, marginaux ou anti-système.

 

De plus, ce phénomène de polarisation sur les deux grands partis conforte l'idée d'un nouveau panorama politique et générationnel. Cela peut être dû à François Bayrou qui a fait grandir une certaine incertitude. Les deux grands candidats représentent le système, en place, de bipolarisation.

 

En même temps, ceux qui ont voté pour François Bayrou ont voté pour quelqu'un qui, au fond, est d'un genre différent de Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy. En effet, François Bayrou souhaite résoudre les maux de la France plutôt au travers du consensus, du compromis, en réfléchissant ensemble et non en ayant recours à des solutions extrêmes.

Y a-t-il eu un effet « vote utile » ?

Oui, je crois vraiment qu'il y a eu un effet vote utile. Enfin, pour qu'il y ait vote utile, il faut aussi que les candidats qui en bénéficient soient un minimum considérés par les électeurs comme étant proches de leur sensibilité.

 

Ce qui est remarquable concernant ce vote utile, c'est que Nicolas Sarkozy a composé avec l'électorat habituel du Front National à l'instar de ce que François Mitterrand avait réussi à faire avec le parti communiste en 1981. Nous sommes quasi dans le même contexte aujourd'hui qu'en 1981 - à l'exception des convictions politiques des deux hommes. Nicolas Sarkozy a réussi à régler le problème sur sa droite, reste désormais à se focaliser sur le centre. Le problème avait, en partie, été réglé avec la création de l'UMP en 2002 mais reste à l'actuel candidat de la droite parlementaire de terminer de le résoudre pour accéder à la présidence de la République.

Quel effet le score de François Bayrou peut-il avoir sur la recomposition du paysage politique français ?

Dans un ouvrage co-écrit avec Florence Haegel, La France vers le bipartisme ?, ma thèse consiste à dire que le régime présidentiel pèse de plus en plus sur le régime politique français. Par conséquent, on peut faire l'hypothèse que la bipolarisation finira par du bipartisme. C'est-à-dire qu'à force que deux partis soient beaucoup plus grands que les autres finit par rendre très difficile les alliances électorales et politiques, surtout avec les modes de scrutins en France.

 

Le problème donc est peut-être moins de savoir s'il y aura une alliance avec François Bayrou. D'ailleurs, cela n'est pas clair aujourd'hui. On ne sait pas avec quel parti cette alliance peut être faite en l'état actuel des choses. Le PS va-t-il être capable cette fois d'entreprendre une phase de rénovation comme l'avait fait le Labour Party avec respectivement Neil Kinnock, John Smith puis Tony Blair ? Le problème se situe plutôt ici.

 

Sa force
devient sa faiblesse

François Bayrou a fait un très bon score mais sa force devient sa faiblesse. Le jour où le candidat UDF abandonne sa posture de « ni-ni », il abandonne aussi la moitié de son électorat de ce soir. Il faut noter à ce propos que tous les élus locaux de l'UDF ont bien souvent des alliances avec l'UMP et la droite. Cela signifierait pour Bayrou de repartir de zéro avec un parti de centre gauche. Le fera-t-il ? Le pourra-t-il ? Qu'est-ce que cela donnera aux élections législatives ?

 

La thèse avancée du bipartisme risque d'être vérifiée aux élections législatives. On peut très bien ne pas avoir de députés d'extrême gauche, à l'exception des communistes qui sauveront probablement quelques sièges. Le FN n'aura certainement aucun député. La question se pose pour l'UDF. D'une part, des élus locaux et parlementaires UDF risquent d'aller vers Nicolas Sarkozy et l'UMP ; quant aux autres, il n'est encore pas possible de déterminer leur positionnement.

Le rapport de force gauche/droite est défavorable à la gauche. Comment Ségolène Royal doit-elle aborder cette quinzaine pour éventuellement remporter l'élection présidentielle ?

Pour le moment, elle ne change rien de ce qu'elle a pu faire jusqu'à présent, elle appelle au ralliement. La gauche est, au soir du premier tour, très minoritaire. Même si la candidate socialiste arrivait à obtenir la moitié des électeurs de François Bayrou et la plus grande partie de l'extrême gauche, la somme de ces électorats resterait encore insuffisante.

 

On ne voit pas comment S. Royal dépassera les 50% au second tour

Mon hypothèse pour le second tour tournerait autour de 53-54% pour Nicolas Sarkozy. Tout simplement parce que les rapports de forces sont inégaux. Et, si Ségolène Royal fait 47-46%, ce sera un très bon score au vu de ce qu'est la gauche aujourd'hui. Je ne crois pas qu'elle puisse gagner.

 

La campagne de deuxième tour va être décisive et même si les rapports de forces sont disproportionnés, la décision appartient aux Français. Les reports de voix semblent faibles. On ne voit pas comment Ségolène Royal pourrait dépasser les 50% au regard des résultats du 22 avril et des possibles mouvements de voix.

 

 

Propos recueilis par Sébastien Zriem

Analyses TNS Sofres

Carine Marcé
Directrice associée du dpt Stratégies d'opinion
 
Emmanuel Rivière
Directeur du dpt Stratégies d'opinion
 
Guénaëlle Gault
Directrice du dpt Stratégies d'opinion
 
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