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Interview de
Guilhem Fouetillou
Co-fondateur de RTGI
12 avr 2007 - Guilhem Fouetillou est doctorant à l'Université de Technologie de Compiègne (UTC) et co-fondateur de RTGI. Spécialiste de la « géographie de l'information », il est l'auteur de plusieurs cartes thématiques de la Toile francophone. Pour TNS Sofres, et depuis son entretien en janvier dernier, il revient sur l'appropriation de l'espace du web par les candidats à une semaine du premier tour de l'élection présidentielle.
 

Internet : Comment les candidats s'approprient la blogosphère

La percée de François Bayrou dans l'opinion ces dernières semaines a-t-elle été perçue par les outils de l'Observatoire de la Présidentielle de 2007 - Blogopole et bruit médiatique ?

Au niveau de la Blogopole, il est vrai qu'en octobre dernier - lors de notre dernier recensement de blogs - l'UDF était la deuxième force en présence devant l'UMP. Cet élément, a posteriori, peut être considéré comme annonçant d'une certaine façon la montée de François Bayrou. Bien qu'il n'y ait pas assurément de relation de causalité directe entre les deux éléments - présence de blogs et montée dans l'opinion -, la présence de François Bayrou sur Internet a précédé sa montée dans l'opinion publique.

 

Le bruit médiatique par candidat sur le web, mesuré par notre outil le « Tendançologue », suit ce qui a été dit par certains commentateurs sur le web et certains analystes, à savoir que l'évolution du candidat UDF est similaire entre les médias en ligne et les blogs. Tout ça s'est fait à la même période - à partir de mi-janvier - où il y a eu un phénomène d'emballement pour l'UDF. Sur les courbes, on observe un départ simultané soit une montée en puissance de François Bayrou sur l'ensemble des médias sur le web, l'un n'a pas précédé l'autre, autrement dit, il n'y a pas eu de phénomène d'appel de l'un sur l'autre.

 

Cela s'explique par le fait que, à l'échelle de la blogosphère française, nous sommes sur des volumes importants de sites - plusieurs millions de blogs - et donc la petite sphère de François Bayrou, de quelques centaines de sites, n'est que peu perceptible par rapport à l'ensemble du bruit médiatique complet sur Internet. Finalement, c'est à partir du moment où les « blogueurs lambda » ont commencé à se saisir de ce sujet relatif à la montée de François Bayrou en le commentant ou en faisant référence aux écrits médiatiques que les courbes ont évolué sur notre outil.

Quelle conclusion tirer de l'augmentation considérable de blogs depuis janvier 2007 ?

A tous les niveaux et comme dans tous les médias, Internet n'est pas épargné par la montée en puissance des thèmes relatifs à l'élection. Les blogs suivent cette tendance générale. On a vu une montée progressive de l'intérêt pour l'élection sur Internet et cela se traduit à la fois par une augmentation du nombre de contributions sur les forums généralistes, une augmentation du nombre de sites de soutien, une plus grande activité des sites traitant de la politique, une plus grande production d'article de la part des journalistes...

 

Cependant, il y a aussi, dans le phénomène, un autre élément non négligeable qui consiste à comprendre que nous sommes plus exhaustifs dans le recensement des sites et autres blogs que par rapport à janvier. Ainsi l'augmentation du corpus est avant tout due à une véritable évolution de la population des blogueurs politiques mais aussi dans une moindre mesure, à notre expertise grandissante en termes de recensements de ressources web.

Quel rapport entre grands et petits candidats au niveau de la représentation sur Internet ?

On observe un léger écrasement. Les gros candidats ont affirmé leur présence et ont à nouveau creusé l'écart. Cependant, nous restons sur un médium où les petits candidats bénéficient d'une visibilité plus importante par rapport aux autres médias, du moins avant qu'on ne rentre dans la période de décompte des temps de parole.

 

L'UMP a récupéré
une partie
de son retard

A noter que tout le monde a évolué dans des proportions relativement similaires. Autre phénomène notable, l'UMP a récupéré une partie de son retard. L'objectif de l'UMP était d'être plus visible et de mieux mettre en valeur l'existence de ses sites. En effet, l'UMP annonçait un nombre de sites équivalent à ceux du PS - plus de 1000 -, le problème étant que peu de personnes visitaient ces sites. Le fait est que ces sites existent vraiment mais la plupart sont peu lus et peu reliés au reste du web. Il y a eu une tentative de structuration de ce territoire afin d'en accroître la visibilité, ce qui a permis de rattraper le retard accumulé face à l'UDF pour repasser devant.

 

Par ailleurs, nous avons intégré les « freemen ». Certains d'entre eux au moment de l'entrée en campagne de José Bové s'en sont déclarés soutien mais tous les Freemen ne soutiennent pas José Bové, ni forcément un autre candidat d'ailleurs. Leur seul point commun est de vouloir mettre au centre du débat démocratique la question écologique. Cependant pour les « freemen » étant donné qu'ils n'étaient pas présents dans les précédentes versions de la Blogopole nous ne possédons pas d'éléments de comparaison quant à leur évolution.

 

Concernant les autres augmentations, on remarque clairement une activité accrue du côté du Front National même si ça reste un réseau difficile à cartographier parce que ce territoire est assez hétérogène et les appartenances ne sont pas clairement identifiées. C'est en adéquation avec ce qui est dit quand on étudie les profils sociologiques ou celui des militants du FN, c'est un parti explosé et on retrouve cette caractéristique sur le web. On a eu du mal à récupérer avec précision la sphère extrême droite. Elle est beaucoup plus complète mais elle reste, à mon sens, celle qui est la moins exhaustive de notre nouvelle Blogopole. Il existe des sites qui sont marqués extrême droite mais qui sont thématisés ou monothématiques et qui ne suivent pas forcément la campagne. Ces sites peuvent être axés sur le patriotisme ou bien encore l'islamophobie et enrichissent leurs thématiques en dehors du débat présidentiel.

Le nombre de blogs va-t-il continuer d'évoluer d'ici au premier tour de l'élection présidentielle ?

A mon sens, notre exploration du web tend à montrer de vraies tendances même s'il nous en manque probablement une partie car il est impossible de couvrir l'ensemble de la surface du web - même Google ne couvre pas tout le web.

 

Les tendances
ne bougeront
pas énormément
d'ici là

Depuis qu'on a permis aux gens de soumettre des nouveaux sites que nous ne recensons pas, on s'est aperçu que cela fonctionnait assez bien. Les gens nous soumettent des sites. Ces sites sont très récents d'une part ou, d'autre part, des sites qui ne cadrent pas vraiment avec la présidentielle. Néanmoins nous comptons réaliser une mise à jour juste avant le premier tour afin d'offrir une photographie de l'état de la blogosphère politique la plus fidèle possible au moment du scrutin.

 

Une chose est sûre, les tendances ne bougeront pas énormément d'ici là.

Les plates-formes mises à disposition par les grands partis ont-elles rencontré du succès depuis notre dernier entretien (janvier 2007) ?

Sur l'ensemble des outils qu'ont offert les partis afin de créer du militantisme sur Internet, ce ne sont absolument pas les plates-formes de blogs qui auront été les plus utiles ou qui donnent les résultats les plus intéressants. Une plate-forme marquée politiquement n'apporte rien de plus qu'une plate-forme de blogs d'une structure indépendante (blogSpirit, OverBlog, ...).

Lancement de blogopole.fr : Quelles sont les raisons de ce détachement de la blogosphère de l'Observatoire ?

L'idée était de manifester des territoires et faire que la carte de la Blogopole devienne LE territoire. Ainsi, Blogopole.fr permet d'arriver directement sur le territoire recensant l'ensemble sites et blogs politiques. C'est un mode d'accès direct. C'est en termes d'interface et d'usage que cela nous a paru intéressant : créer ce lieu sur le web qui soit une fenêtre de rayonnement sur l'ensemble de la Blogosphère politique.

 

L'optique est de se focaliser sur la Blogopole uniquement et pour le reste des fonctionnalités liées à l'Internet, il suffit de se rendre sur le site de l'Observatoire. En tapant Blogopole.fr on arrive directement sur la carte et la carte c'est le territoire et il ne reste plus à l'internaute qu'à naviguer.

Les sites des candidats aux législatives sont-ils pris en compte dans le recueil des sites ?

Les législatives
vont se jouer
aussi sur le web

Oui, on les recense notamment par les adresses de sites qui nous sont soumises de la part des internautes. On a de nombreuses demandes de gens demandant de les intégrer à la Blogopole car ils se présentent sur des circonscriptions. Je pense que les législatives vont se jouer, aussi, d'une certaine manière, sur le web.

 

En ce qui concerne les législatives, nous sommes sur du local et nous allons pouvoir observer tout l'apport et l'intérêt du web dans un repositionnement et dans une redéfinition du local. La grande surprise du web est de voir qu'il va, dans les années à venir, apporter un lien de proximité géographique. Alors qu'il devait initialement être un outil censé nous libérer des contraintes géographiques.

 

Au départ, Internet permettait de rendre la connaissance accessible de n'importe où et où qu'elle soit. Aujourd'hui, Internet devient un « super GPS » et tend à se focaliser sur les enjeux locaux en ce qui concerne la politique.

 

Concrètement, pour en revenir à la question initiale, si vous avez un militant possédant un blog dont la plate-forme est celle d'un parti alors il entre dans les critères de recensement de la Blogopole. Il est susceptible de traiter de sujets liés à la campagne présidentielle et son blog porte les couleurs du parti. S'il se trouve qu'il brigue l'investiture d'une circonscription pour les législatives, il sera de fait sur la Blogopole. Après, on se rend compte que de nombreux candidats aux législatives souhaitent développer leur blog. C'est stratégique et il n'est pas trop tard. A partir du moment où nous sommes dans une phase de retour au local, le web est un élément révolutionnaire car à part la PQR et les informations régionales, les candidats n'ont que peu de couverture médiatique. C'est alors que les spécificités de ce médium qu'est le web, à savoir la multiplication à l'infini des canaux d'émission, va réellement jouer un rôle important. Ainsi, chaque circonscription pourra se créer son espace informationnel et chaque candidat pourra développer son programme, ses idées son agenda.

 

Finalement, nous sommes dans la configuration d'un outil de démocratie directe parce que, en termes d'usages, la démocratie directe est possible. Cela signifie qu'un député se situe à une échelle où la relation de dialogue personnalisé avec les administrés est encore envisageable.

 

Au moment où les gens souhaiteront savoir qui sont les candidats sur leur circonscription et les idées qu'ils développent, ils pourront aller chercher l'information sur Internet. Il y aura quelque chose de nouveau car on pourra pousser beaucoup plus loin que le simple tractage ou la distribution dans les boîtes aux lettres des programmes, ces derniers ne permettant pas de créer un véritable échange avec les citoyens.

 

Je ne sais pas si les partis politiques ont pris conscience des possibilités de ce nouvel outil car trop focalisés sur la Présidentielle mais, à mon sens, ceux qui vont prendre un avantage décisif sur le web sont ceux qui ont déjà pensé à structurer l'ensemble de leur candidature aux législatives. Les candidats à la députation doivent mettre à disposition de leurs administrés le « pack communication » qui reprend la structure des outils web développés par les candidats à l'élection présidentielle - sarkozy.fr / Désir d'avenir / Bayrou.fr. Tous les outils existent déjà pour pouvoir échanger avec les citoyens, faire de la participation ou remonter les informations...

 

La campagne présidentielle très innovante en ce qui concerne les outils Internet doit pouvoir être déclinée au niveau local afin que les différents candidats tirent profit de la popularité de leur leader.

Quel est le prochain objectif de RTGI ?

Clairement, l'élection présidentielle américaine de 2008. Nous avons eu en France une « net campagne » très fournie et novatrice mais les Américains devraient faire preuve d'encore plus d'audace en matière d'innovation sur le web.

 

 

Propos recueilis par Sébastien Zriem

Analyses TNS Sofres

Carine Marcé
Directrice associée du dpt Stratégies d'opinion
 
Emmanuel Rivière
Directeur du dpt Stratégies d'opinion
 
Guénaëlle Gault
Directrice du dpt Stratégies d'opinion
 
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